En plein cœur de l’été, le Soleil s’apprête à faire un vrai numéro de disparition. La bande de totalité traverse le nord de l’Espagne (et passe aussi par l’Islande) : là, pendant environ 1 à 2 minutes selon l’endroit (max 1 min 50 s dans le nord de l’Espagne, jusqu’à 2 min 18 s sur la ligne centrale avant d’arriver en Europe), le jour bascule - le ciel bleuit, l’air fraîchit, et la couronne solaire apparaît comme un halo vivant autour d’un disque noir. Et tout cela arrive vite : l’ombre avance à environ 3429 km/h, comme une vague sombre qui déferle sans bruit. En France, ce sera une éclipse partielle en soirée, parfaite à observer au retour de la plage ou d’un pique-nique : la lumière devient étrange, comme si quelqu’un avait tourné doucement le variateur du monde. Et pour l’Europe “facile d’accès”, c’est un rendez-vous très attendu : la première éclipse visible depuis l’UE continentale depuis 1999, le retour d’un grand spectacle tout près de chez nous.
Un an plus tard, nouveau coup de théâtre… mais cette fois le matin, quand le ciel est clair et que l’ombre s’avance sur le continent à une vitesse de 2398 km/h. La totalité effleure l’Europe par le sud de l’Espagne, vers l’Andalousie et le détroit de Gibraltar : là, l’obscurité peut durer plusieurs minutes (jusqu’à près de 5 minutes dans les meilleurs secteurs : 4 min 49 s à Ceuta, plus de 4 min 30 s à Tarifa), assez longtemps pour sentir le silence se faire et pour voir l’horizon prendre des couleurs de crépuscule sur 360°. Plus loin sur son trajet (notamment vers l’Égypte), l’éclipse atteint un maximum d’environ 6 min 23 s - deuxième plus longue éclipse totale du XXIᵉ siècle et la plus longue sur des terres facilement accessibles, celle dont on dit qu’elle laisse « le temps de regarder », comme si le temps, lui aussi, se regardait : le temps d’être surpris, le temps de comprendre, le temps d’avoir la chair de poule. En France, on la verra partielle, comme un croissant qui grignote le Soleil, mais l’événement, lui, se joue à quelques heures de route. Et pour dépasser cette durée, il faudra attendre très longtemps, près d’un siècle : la prochaine totale plus longue est annoncée pour le 3 juin 2114, avec 6 min 32 s au maximum, avant la très longue du 13 juin 2132, approchant la durée maximale d’une éclipse totale lorsque toutes les conditions célestes optimales sont réunies, soit 7 min.
Dernier acte, en plein hiver : pas une nuit en plein jour, mais un bijou céleste. Le 26 janvier, la Lune se place juste devant le Soleil sans le recouvrir totalement : elle laisse un anneau lumineux, fin, net, presque irréel - le fameux « ring of fire ». La bande annulaire survole à nouveau le Portugal et l’Espagne (avec un passage vers Gibraltar et le nord du Maroc) et, magie supplémentaire, le phénomène se produit en fin d’après-midi : un spectacle de crépuscule, où l’anneau peut durer plusieurs minutes, avec un maximum mondial d’environ 10 minutes, très rare pour une annulaire et donc exceptionnelle à ce titre (la durée maximale “théorique” d’une éclipse annulaire est d’environ 12 min 35 s). Ici, la lenteur relative de l’ombre fait partie de la magie : près de 1709 km/h - et c’est aussi l’une des raisons majeures pour lesquelles l’anneau peut s’attarder si longtemps. En France, ce sera une partielle : un avant-goût. Mais sur l’Ibérie, avec un horizon bien dégagé, on pourra voir le Soleil porter sa bague - comme si le ciel signait, en lumière, la fin de cette trilogie.
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